Désherbage en maraîchage

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En maraîchage biologique, la maîtrise de l’enherbement est essentielle à la réussite technique et économique des cultures. Son efficacité repose sur une approche globale associant la prévention et la combinaison de techniques complémentaires comme :

la reconnaissance des principales espèces de plantes adventices, pour évaluer le risque d’invasion et mettre en œuvre les meilleurs moyens de les éliminer.

le choix d’équipements adaptés à ses besoins : outils de désherbage mécanique et thermique, films de paillage, de solarisation ou d’occultation…

la combinaison de différentes méthodes préventives de culture : rotations, engrais verts, assolements, travail du sol, gestion du stock de graines…

Moyens préventifs pour limiter le développement des adventices

  • Identifier la flore adventice et le stade de développement de la culture est important pour connaître sa capacité de résistance face aux adventices, et la période la plus favorable à leur élimination selon leurs stades à elles.
  • Favoriser un démarrage de la culture plus rapide que celui des adventices : lit de semences soigné, conditions de semis favorables (pas dans un sol trop froid ou trop humide par exemple), utilisation de graines récentes (bonne germination), semis précis et à densité optimale, irrigation éventuelle après semis, recours à la plantation en sol très enherbé…). L’espacement des lignes de culture doit aussi être adapté au matériel de désherbage.

  • Insérer des cultures “nettoyantes” dans la rotation (plantes sarclées ou buttées comme le chou, le poireau, la pomme de terre), qui sont des précédents favorables pour des cultures peu compétitives (carottes, navet, panais, épinard, oignon semé…) : les binages ou buttages réguliers enfouissent les mauvaises herbes au stade “jeune”.

  • Réserver les parcelles à risques aux cultures peu sensibles à la concurrence et/ou faciles à désherber (cultures sarclées ou buttées).

  • Limiter la dissémination des graines d’adventices dans les parcelles cultivées par la fauche des bandes enherbées ou fleuries avant montaison, le broyage rapide des cultures achevées, et l’apport de fumiers bien composés. Veiller également à ce que les apports de paille en mulch ne se transforment pas en envahissant tapis de graminées.

  • Choisir le bon outil de travail du sol et la bonne période d’intervention, pour éviter la dissémination des adventices. Par exemple, des passages d’outils à dents en période sèche dans les sols infestés en plantes à multiplication végétative (chiendent, liseron, pourpier) sont à privilégier, mais des passages d’outils rotatifs ou tranchants sont à proscrire.

  • Semer des engrais verts rapidement après la culture, pour stimuler la germination des plantes adventices qui sont ensuite étouffées par le développement plus rapide du couvert végétal.

Le désherbage avant culture

Avant la mise en place de la culture, le stock de graines d’adventices peut être réduit grâce à plusieurs méthodes :

  • Le faux-semis est la base du désherbage en maraîchage biologique : il permet de réduire le stock de semences des 4-5 premiers centimètres avant la mise en culture. Elle consiste à préparer le lit de semences plusieurs semaines avant la mise en place de la culture, à l’arroser pour faire lever les graines d’adventices, et à les détruire avant le semis ou la plantation de la culture. La technique du faux-semis est essentielle pour la réussite des cultures semées à germination assez lente (carotte, navet, panais…) et peut être répétée 2 ou 3 fois successivement dans les sols très enherbés. Il est donc essentiel d’anticiper la mise en place de la culture pour disposer d’une durée suffisante pour sa réalisation.                                                                                                                                                                    A titre indicatif, la préparation du sol devra être faite un mois avant semis pour les cultures implantées en avril, 3 semaines pour celles de mai et 15 jours pour les suivantes. En mars, il est souhaitable de forcer la levée des herbes avec un voile non tissé. En période chaude et sèche, il convient d’arroser le faux semis pour optimiser la germination.

La destruction des plantes adventices est possible par :

-désherbage mécanique avec des outils travaillant les premiers centimètres du sol (herse étrille, binage, outils rotatifs). Il est efficace sur des plantules assez développées, mais peut favoriser la remontée de graines présentes en profondeur.

-désherbage thermique pratiqué en postsemis-prélevée. Il est inefficace sur des plantules trop développées et sur les graminées.

  • Occultation : variante du faux semis, cette technique consiste à recouvrir le sol préalablement humidifié par un film opaque avant la mise en culture : les graines germent mais les plantules meurent rapidement en l’absence de lumière. Le film choisi est une toile tissée noire ou bien un film plastique noir, qui doit rester plaqué au sol. La durée de l’occultation varie selon la température du sol, donc de la saison (4 à 8 semaines au printemps ou à l’automne, davantage en hiver). Comme pour un faux-semis classique, il convient de limiter le travail du sol après enlèvement de la bâche pour limiter la remontée de nouvelles graines. On peut replacer le film d’occultation après le semis, pour prolonger l’action, mais il convient de bien surveiller la germination de la culture pour retirer la bâche avant la levée.

  • Solarisation : C’est un procédé de désinfection thermique. Il consiste à élever la température du sol à l’aide d’un film polyéthylène (épaisseur 30 à 50 µ spécial solarisation) après avoir fait le plein du sol en eau. L’élévation de température jusqu’à 40 à 50°C à 10 cm de profondeur détruit les graines dans la couche superficielle du sol. L’ensoleillement doit être soutenu durant au moins 1 mois (sous abris) et 1,5 mois en plein champ, ce qui impose de réaliser la solarisation entre juin et septembre. Cela n’est pas facile à concilier avec les rotations de légumes. La reprise du sol après solarisation devra être superficielle pour ne pas remonter les graines des couches profondes. Cette technique n’est réalisable que dans le Sud de la France ; elle est peu ou pas efficace contre pourpier, chiendent, liseron, sorgho d’Alep… En revanche, elle est efficace sur des espèces souvent préoccupantes : amarante, capselle, chénopode, morelle, mouron …Le coût de la solarisation est estimé à 1 800 €/ha (800 € pour le film, 1000 € pour la main d’œuvre).

  • Désherbage vapeur : rarement pratiqué en production de légumes biologiques, il consiste en une injection de vapeur dans le sol qui permet d’élever la température du sol à 70- 80°C dans les 5 à 10 premiers centimètres. Cela détruit les semences et les plantules présentes dans cet horizon. Cette méthode est tolérée en agriculture biologique mais elle est contestée en raison de la consommation importante d’énergie fossile (environ 5000 litres de fuel/ ha) et de son impact négatif sur la flore et la faune du sol. Par ailleurs, elle est coûteuse en matériel et main d’œuvre

Paillage et matériel de désherbage

Utilisation de paillage

Les films plastiques fins en polyéthylène (PE) sont les principaux paillages utilisés pour limiter les adventices.

  • Ils permettent également de réduire l’évaporation et de réchauffer le sol.

  • La pose est manuelle ou mécanisée (dérouleuse de film).

  • Une large gamme de produits est proposée : épaisseur de 15 à 25 µ, largeur de 0,80 à 4 m, avec possibilité de microperforations permettant l’irrigation par aspersion de la culture et de macro-perforations pour les trous de plantation.

  • Les couleurs sont le noir et l’opaque thermique (vert ou marron) ; le paillage transparent assure un meilleur réchauffement du sol, mais son action herbistatique est insuffisante. L’utilisation de ces matériaux d’origine pétrolière est une réelle préoccupation ; leur recyclage est possible mais coûteux car ils sont chargés de terre après utilisation.

Les films photodégradables sont interdits en agriculture biologique : ils sont constitués de polyéthylène comme les paillages classiques et contiennent des additifs accélérant leur dégradation par les rayonnements UV. Le film se fragmente mais ne se dégrade pas dans le sol d’où un effet polluant potentiel.

Les films biodégradables sont surtout élaborés à base de 2 matières premières : amidon de maïs et co-polyester d’origine pétrolière. Ils peuvent être enfouis dans le sol ou compostés après usage. Leur utilisation s’est peu développée en raison de leur coût élevé et de leur tenue limitée en culture. De plus, aucun produit n’est normalisé à ce jour. (Voir fiche : Les paillages biodégradables )

Les mulchs végétaux sont des matériaux bruts (paille, écorce de pin, broyat de branches de type BRF), apportés en couche épaisse pour garantir une action suffisante contre les plantes adventices. Il faut cependant réaliser des apports en couche épaisse et assurer un renouvellement régulier pour garantir une action suffisante contre les plantes adventices. Aussi, il nécessitent d’être vigilants car ils peuvent induire des «faims d’azote» lors de leur décomposition et favoriser la présence des gastéropodes et des rongeurs ; ils sont parfois chargés de graines susceptibles de se transformer en un élégant tapis de graminées.

Les toiles tissées en polypropylène de couleur noire ou verte (toiles hors-sol) sont plus chères à l’achat, mais peuvent être réutilisées car plus résistantes. Le perçage des trous de plantation sera fait à chaud pour éviter l’effilochage des bords. Il convient de standardiser au maximum les longueurs de rangs et les densités pour une utilisation rationnelle des ces toiles. Le problème de l’élimination est identique à celui du film PE.

Désherbage thermique

Le désherbage thermique consiste à « brûler » la partie aérienne des plantes au moyen de brûleurs à gaz propane. Il n’est efficace que sur des jeunes plantes : selon les espèces, du stade cotylédons à 2 feuilles vraies, rarement au-delà. Son action est très limitée sur les graminées dont le bourgeon est protégé par une gaine foliaire.

Son usage principal est la destruction des faux semis, avec une ou plusieurs applications en pré ou post-semis, sur la surface totale du sol. Il est plus rarement utilisé en cours de culture, soit en application intégrale sur des cultures résistantes à la flamme (oignon et ail, à certains stades), soit en application localisée entre les rangs de culture avec des appareils multi-rangs équipés de caches.

Sa réussite impose également un sol bien aplani, avec peu de mottes et de cailloux. Cette technique présente des risques d’incendie et impose des précautions importantes lors de sa mise en œuvre ; elle est d’ailleurs interdite en période rouge dans certains départements.

L’investissement et le coût de main-d’œuvre varient selon le matériel : le petit matériel (désherbeur porté, brouette) est peu coûteux mais exigeant en main d’œuvre ; le matériel tracté impose un investissement élevé mais permet un désherbage assez rapide.

Désherbage mécanique

Le désherbage mécanique permet la suppression des plantes adventices par trois actions : sectionnement des racines, arrachage des plantules, étouffement ou buttage. Il permet également d’ameublir la surface du sol et favorise la pénétration de l’eau de pluie. Très efficace lorsqu’il est bien maîtrisé, il impose un choix judicieux du matériel et une bonne gestion des conditions d’humidité et de structure du sol, et surtout du stade des plantes adventices et de la culture. Les lignes de culture doivent être bien rectilignes et parallèles avec un écartement des rangs adapté au matériel utilisé.

  • Le binage manuel est indispensable pour désherber sur le rang, il est surtout pratiqué sur certaines cultures semées à croissance lente, vite envahies sur le rang, carotte, panais… Les outils sont variés : binettes, sarcloirs, griffes, raclettes, serfouettes, couteaux et tubes de désherbage…
  • Les cultivateurs à roue, encore appelés pousse-pousse, houes maraîchères, planets…sont indispensables dans toutes les petites exploitations maraîchères. Ils permettent de sarcler, biner, griffer, butter au plus près du rang. Ces outils sont légers, polyvalents et de manipulation aisée. Le modèle de base est à une roue ; certains modèles ont deux roues et peuvent enjamber la culture et désherber de part et d’autre du rang. Les accessoires proposés sont variés : sarcloirs oscillants ou à patte d’oie, butteurs, étrilles… et de différentes largeurs (12 à 30 cm).
  • Les motobineuses et motoculteurs sont des outils essentiels pour désherber entre les rangs de culture sur des petites surfaces. La vitesse de travail est de 1 à 5 km/h selon les modèles et le type de travail. Les motobineuses sont essentiellement équipées de fraises assurant un binage superficiel du sol. Les motoculteurs sont des outils plus polyvalents permettant non seulement le travail du sol (profondeur 10-15 cm), mais aussi le désherbage inter-rangs par binage, buttage, hersage, grâce à différents accessoires : fraise, cultivateur, dents, socs, herse… Large gamme d’outils en terme de puissance (5 à 15 chevaux), de poids (50 à 150 kg), de largeur de travail (16 à 80 cm), de motorisation (essence ou diesel)…
  • La traction animale permet, en utilisant des porte-outils équipés d’accessoires (dents, lames, disques, pattes d’oie,…), de combiner désherbage entre rangs et sur le rang.
  • Les bineuses assurent un travail sur les 5 à 10 premiers cm du sol avec différents accessoires qui coupent les racines des plantes adventices entre les rangs de culture (socs, lames, dents) et/ou les recouvrent (disques, disques étoiles). Les bineuses à doigts permettent de détruire les plantes adventices sur le rang (travail à 2-3 cm de profondeur), mais elles imposent que la culture soit mieux enracinée que les plantes adventices et leur coût est élevé. La vitesse d’avancement est de 3 à 6 km/h, selon les stades de la culture et des plantes adventices. L’investissement est très variable selon la largeur de travail et les accessoires installés
  • La herse étrille est constituée d’un cadre horizontal portant des dents souples espacées de 2 à 3 cm, de 40 à 55 cm de longueur et de 6 à 8 mm de diamètre. Celles-ci griffent le sol (2 à 3 cm de profondeur) et arrachent les plantes adventices. La profondeur de travail se règle par des roues de jauge et par l’orientation des dents. La vitesse d’avancement conditionne l’efficacité de l’intervention (5 à 12 km/h). Elle est utilisable pour la destruction des faux semis (uniquement en pré-semis de la culture) et pour des interventions en culture sur certaines espèces peu fragiles et à fort enracinement (chou, poireau, pomme de terre…). Elle est plutôt adaptée aux sols légers et non battants et impose que le sol soit bien ressuyé et peu caillouteux. L’investissement est variable selon la largeur de travail et le type de dents.