L’histoire du Grab

21 Oct 2010

1986-1997 : Le développement – Nicolas Reuse – Président

Je vais essayer de présenter ce que furent ces quelques années passées à partager ces moments forts de développement du GRAB.

Au préalable il faut comprendre que cette croissance s’est faite en parallèle avec l’évolution de l’agriculture biologique en général. Pour cette raison je vais faire ce retour en arrière tout en définissant pour les non-initiés ce qu’était l’agriculture biologique et le GRAB en 1986 date à laquelle j’ai débuté mes fonctions de président.

En 1986 on ne parlait pas encore de réglementation européenne, ni de contrôle indépendant et impartial tel qu’on le conçoit aujourd’hui. Ce changement de concept du contrôle et de la certification a eu un impact notoire sur la croissance actuelle et par la même sur le GRAB.

Les marques fédéraient les agriculteurs bio, Nature et Progrès, Demeter, Unia, Biofranc, Terre et vie et d’autres moins présentes, mais qui définissaient le paysage professionnel du moment. On trouvait près de 14 cahiers des charges dont seuls quelques-uns avaient leur propre système de contrôle.

En 1986 les agriculteurs qui s’installaient en bio le faisaient le plus souvent par volonté éthique, ce qui n’est pas ou plus forcément le cas aujourd’hui puisqu’il n’est plus nécessaire d’en avoir pour faire de la bio, il suffit de respecter une réglementation.

Cela a eu comme conséquence que les administrateurs et salariés du GRAB participaient avec une conviction et une motivation qui rendaient cet outil de travail GRAB essentiel à leur existence et vous allez en comprendre les raisons.

Le GRAB venait de quitter Denis Lairon président fondateur qui avait jusque-là orienté les activités sur de la recherche plus fondamentale avec un travail important sur la vie du sol. Pendant une courte période de transition avec Marc Trouillou, président venu de la Drôme, le GRAB a été un peu en recherche de sa nouvelle voie. Evidemment, ce n’était pas facile pour Marc étant donné la distance, de suivre avec autant d’assiduité qu’il l’aurait souhaité les activités du GRAB.

De la recherche fondamentale à la recherche appliquée

Quand j’ai accepté de prendre la présidence, on distinguait au sein du GRAB deux groupes de producteurs, un premier, le plus actif, était constitué d’arboriculteurs, un deuxième de maraîchers.

On remarquait aussi une volonté appuyée de la part des producteurs de prendre en main cet outil et d’en faire leur propriété. On a observé à ce moment-là un changement de cap dans les choix et attributions données au GRAB. De la recherche fondamentale on est passé à de la recherche appliquée, pour aboutir à ce qu’il est aujourd’hui : un outil efficace au service de la production.

Le premier groupe, sous la tutelle d’Anne Lise Daumange a eu deux points focaux de recherche pendant plusieurs années: le carpocapse et la tavelure sur pomme.

Il faut savoir qu’en 1986 en Provence près de 80% de la récolte si ce n’est plus, avait des vers ou était tavelée. Quels progrès ont été faits depuis lors ! La culture de la pomme est aujourd’hui réalisée en bio avec succès. Cela s’est passé dans un premier temps par des transitions nécessaires avec un cahier des charges appelé orgafruit. Piloté par le GRAB, c’était une sorte de production intégrée avant l’heure, avec même la possibilité de recours ultime à la chimie tellement les dégâts étaient sérieux. Malgré ce cahier des charges qui était loin d’être parfait, qui a suscité de vives discussions et qui a disparu aussi vite qu’il est apparu grâce aux résultats des recherches, les consommateurs n’avaient pas autres choses à s’offrir. A cette époque même les entreprises de distribution comme Bonneterre avaient leur propre cahier de charges.

J’aimerais remercier au passage les gros efforts économiques qu’ont eu à souffrir notre regretté ami Claude Chabanier, mais aussi M. Blanc, les producteurs de Salon de Provence, la famille Fauriel et d’autres producteurs de la région nantaise, et bien d’autres dont j’oublie le nom, pour leur patience, leur courage et leur foi dans la bio et le GRAB. Tous ces efforts ont été accomplis pour nous permettre d’avoir des pommes présentables dans nos régions. Je peux vous assurer qu’ils ont perdu une part importante de leurs récoltes et que beaucoup d’entre eux étaient la risée de leurs voisins. C’est aussi grâce à ces producteurs, ces pionniers plus que courageux, et à la détermination du GRAB que nous avons la chance d’avoir le développement actuel en pomme.

Concernant les fruits à noyaux même si les difficultés étaient moindres, les débuts de la lutte contre la tordeuse orientale ont aussi été suffoquants pour certains d’entre nous. Cela s’est résolu plus rapidement avec la confusion sexuelle dès le début des années 1990.

Des lâchers de coccinelles chinoises ont été faits en verger de pêchers pour lutter contre les pucerons. Pour l’anecdote, je peux vous dire que j’en rencontre encore parfois, dans mes vergers. Des essais très spectaculaires de paillage avec mulch d’écorces de bois dans un verger d’abricotier ont permis des croissances de plus de 40% sur les parcelles concernées. Les haies composites ont aussi été passablement travaillées. Je pourrais citer beaucoup d’autres expérimentations qui ont été entreprises avec succès par Anne Lise. Toutes ces références sont disponibles au GRAB si vous vous intéressez à l’historique de cette activité.

Un travail important a donc était consacré à l’arboriculture, et même si cette production est plus aisée aujourd’hui cela reste quand même une source de travail intense pour le GRAB et pour les producteurs. Je crois pouvoir dire sans me tromper que l’impact du GRAB a été essentiel sur la faisabilité économique de nos exploitations.

Le deuxième groupe de travail consacré au maraîchage était sous la tutelle de Bruno Taupier Letage. Cette activité paraissait plus simple du fait des cycles de production beaucoup plus courts, cela signifiait de fait une pression des parasites moindre. Les besoins étaient cependant nombreux. Bruno a beaucoup travaillé sur la fertilisation ce qui était une nécessité pour les cultures légumières, la gestion dans la durée pour les cultures annuelles, les engrais verts dans la rotation, la lutte contre les parasites, les nématodes etc.…Un travail considérable a aussi été accompli sur les techniques de désherbage, mécanique, thermique avec une batterie d’essais de différents équipements. Je retiendrai aussi les expérimentations faites avec des mycorhizes à vésicules et à arbuscules qui nous ont passionnés pendant une longue période dans la relation racine/ phosphate.

« Il n’y a que les poissons morts qui ne remontent pas le courant. »

Le rôle du président du GRAB était aussi et pour une bonne part la participation à des réunions au GRAB avec les producteurs, la préparation de la restitution annuelle des activités, la participation à des commissions mixtes et la recherche de financement. Si les deux premiers points se faisaient avec plaisir, les deux suivants étaient souvent plus contraignants.

J’aimerais remercier à ce sujet mon Directeur Pascal de Montmorillon qui s’est donné avec beaucoup de courage pour faire fonctionner cette petite entreprise.

Les réunions techniques étaient toujours bien organisées et les sujets passionnants. Je dois dire que si ce petit monde de la bio des années 80 avait un malin plaisir à s’accrocher sur des gestions de marques et sur leurs différences, le GRAB a toujours su faire l’unanimité dans le domaine de la recherche et de l’expérimentation. Il a su fédérer les individualités autour de thèmes porteurs. Il faut savoir que vers les années 80 les bios se partageaient entre différentes marques qui essayaient de gérer ces individualités. Des marques plus ou moins bien réparties sur le territoire et selon les régions.

Les individualités étaient fortes parce qu’il fallait vraiment avoir un caractère bien trempé pour ne pas succomber à la caricature des milieux professionnels. Je me souviens d’une anecdote à l’APCA où mon voisin président de chambre m’avait caricaturé de pisseur sur le tas de fumier !!!! pour fertiliser mes champs. Aujourd’hui encore je me demande l’image que ces gens-là pouvaient avoir de notre métier qui somme toute n’a pas beaucoup changé puisque je suis toujours là. Je maîtrise mes cultures sans avoir l’impression d’être plus original que mes voisins. Il n’y a d’ailleurs quasiment plus que des producteurs bios sur ma commune. Je me suis toujours dit qu’il n’y avait que les poissons morts qui ne remontaient pas le courant.

Je peux aussi vous citer les commissions mixtes CTIFL ou ONIFLHOR où je bénissais la présence de M. Charrade, président de l’APREL qui était le seul à me soutenir dans mes fugaces essais d’intervention dans un milieu professionnel plus enclin à me caricaturer qu’à me donner les moyens de m’exprimer. Par contre je garde de bons souvenirs de mes passages au Conseil Régional PACA à Marseille où l’oreille attentive de leurs représentants nous ont toujours fait un bon accueil.

La grande messe11 annuelle1 faisait l’objet de la réunion de presque toute la profession qui se respectait. C’était l’occasion d’échanger nos idées, de faire l’état des lieux et de partager notre savoir-faire. J’ai eu le grand honneur de présider la réunion annuelle à Avignon au palais des papes dans la salle du conclave. Je garde aussi de très bons souvenirs des journées techniques de Vaison la Romaine, de Marseille, de Rennes et de bien d’autres …

En conclusion je dirai qu’être président du GRAB sans être un vrai sacerdoce n’était pas de tout repos. Mais cela m’a donné beaucoup de bonheur, la chance de réaliser mes rêves et de réussir parfaitement mon existence d’agriculteur bio.

Je remercie encore Anne Lise Daumange, Bruno Taupier Letage, Pascal de Montmorillon pour leur patience à mon égard mais aussi Alain Lagarde qui m’a soutenu et accompagné ainsi que tous les administrateurs qui nous ont suivi et ont fait vivre le GRAB durant toute cette période. Le GRAB est un outil indispensable à notre profession, il a su répondre à nos attentes et répondra encore certainement à bien d’autres.

Nicolas Reuse

Bellegarde, déc. 2009

Arboriculteur bio et gérant de Biogarden

1 Journées techniques Fruits et Légumes bio, créées par le GRAB. Organisées encore aujourd’hui avec l’ITAB.

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