Forficules en fruits à noyau : comment limiter leurs dégâts ?

Les forficules, amis ou ennemis ? Insectes auxiliaires en verger de pommier, mais aussi ravageurs des fruits à noyau, les forficules illustrent bien la complexité à gérer les services de régulation biologique en vergers. Les dégâts de forficules en fruits à noyau peuvent être très variables en intensité et dans le temps : parfois négligeables, ils peuvent aussi devenir la première source de dégâts sur les fruits mûrs. Cet article reprend quelques éléments de sa biologie pour mieux s’en prémunir, et propose quelques conseils techniques et astuces pour limiter les dégâts.


Les forficules, ravageurs en vergers de fruits à noyau

Dégâts des forficules sur abricots

Des dégâts pouvant être importants

Les forficules sont des insectes auxiliaires bien connus dans les vergers de fruits à pépins où ils consomment des pucerons et des psylles. Mais les forficules peuvent également entraîner d’importants dégâts en fruits à noyaux. En verger d’abricotier sans protection, jusqu’à 40% des fruits peuvent être endommagés.

Les dégâts sont réalisés sur les fruits lorsque leur chair commence à être tendre, avant récolte. Les forficules forment un trou, parfois une petite galerie. Des dégâts sur feuilles et tiges peuvent être observés dans de rares cas. Les plaies formées sur les fruits favorisent le développement de pourriture par les monilioses, pouvant contaminer d’autres fruits sains à proximité.

Deux espèces de forficules

Deux espèces de forficules sont observées dans les vergers de fruits à noyau dans le sud-est de la France : Forficula auricularia, la forficule ou perce-oreille européen, et Forficula pubescens. Forficula auricularia est la plus largement répandue en France. Elle se distingue de F. pubescens par sa plus grande taille (longueur du corps sans les cerques : 13-14mm) et des ailes postérieures bien visibles. L’aptitude de ces deux espèces à occasionner des dégâts sur fruits n’a pas été comparée, à notre connaissance.

Les forficules européens sont nocturnes et se cachent durant la journée dans des anfractuosités à l’abri de la lumière. Forficula auricularia se nourrit d’insectes et de plantes. C’est un insecte peu mobile : 95% des forficules restent dans un rayon de 30m. Le manque de nourriture peut toutefois les amener à parcourir de plus grande distance, jusqu’à 150m par exemple.

Selon le climat, une à trois périodes de ponte sont observées chez Forficula auricularia, la première entre novembre et janvier, la seconde en mars-avril. Les œufs sont pondus dans le sol dans des terriers, jusqu’à 55 œufs par femelle. Les éclosions s’étalent entre février et août.

 

F. auricularia en bas à droite et F. pubescens en haut à gauche. Les extrémités des ailes de F. auricularia sont visibles. F. auricularia est de plus grande taille. Les deux individus sont des mâles (cerques courbés).

Les pratiques à éviter !

Les manchons sur les troncs peuvent se révéler être de très bons abris pour les forficules… A retirer donc dès qu’ils ne sont plus nécessaires.

Les manchons de protection des troncs contre les lièvres sont parfois nécessaires en jeune verger. Mais il constitue un abri idéal pour les forficules : obscurité et fruits à proximité ! Lorsque les manchons ne sont plus nécessaires, n’oubliez donc pas de les retirer. Les tiges des plantes présentent sur le rang peuvent créer des ponts permettant aux forficules d’accéder aux fruits. En cas d’application de glu, la fauche permet réduire ce risque. Les structures creuses (tubes, tiges) sont des abris pour les forficules : les éviter, ou les boucher si cela est possible.


Contrôler les forficules

La glu, une technique efficace en verger adulte

En agriculture biologique, l’application de glu sur le tronc est actuellement la méthode de protection la plus efficace pour les empêcher d’atteindre les fruits. Soyez vigilant à choisir une glu autorisée en agriculture biologique.

Glu sur tronc d’abricotier

La glu peut être appliquée sur le tronc avec un pinceau de 5 cm de largeur, il n’est pas nécessaire de couvrir une zone plus large. La glu peut avoir tendance à couler après application. Le pouvoir collant de la glu diminue dans le temps, il devient souvent insuffisant 3 semaines après application. Un renouvellement peut parfois être nécessaire pour que la protection soit efficace jusqu’à la récolte.

Dans les jeunes vergers, la glu peut entraîner des nécroses sur le tronc d’arbres de moins de 3 ans. Un film plastique peut être utilisé pour protéger le tronc, mais celui-ci doit être retiré après utilisation, afin d’éviter la formation de nécrose sous le film.

 

L’application de glu peut conduire à une fissuration du tronc après plusieurs années d’application

Même sur les troncs d’arbres adultes, la glu peut entraîner une altération de l’écorce. Celle-ci est généralement sans conséquence sur les arbres adultes.

En verger adulte, les couronnes sont constituées d’abris potentiels pour les forficules, contrairement aux jeunes arbres encore peu ramifiés. La pose de la glu en verger adulte peut être envisagée assez précocement en saison, afin d’éviter que d’importantes populations de forficules soit déjà présentes dans la couronne.

Travailler superficiellement le sol à l’automne

Le travail du sol à l’automne, sur une profondeur supérieure à 5 cm, contribue à réduire les risques de dégâts. L’impact de cette pratique n’a été quantifié que dans un nombre limité de situations. Lorsque la pression de forficule est importante, le travail du sol a un effet très limité sur la réduction des dégâts.

Installer des pièges dans la parcelles

L’objectif de cette méthode est de piéger les forficules dans les arbres, et de les déplacer en dehors de la parcelle, afin de limiter localement les dégâts. Des expérimentations ont été réalisées en utilisant des pots de 20 cm de diamètre, remplis avec du papier journal ou de la paille, et suspendus à l’envers dans les arbres avec un fil de fer. Les pièges doivent être vidés régulièrement, sinon ils peuvent ils peuvent avoir l’effet inverse, en favorisant la présence des forficules. Plusieurs méthodes de piégeage sont en cours d’évaluation, il n’est pas possible à ce stade de conclure.

Des poules dans le verger ?

Poules en verger, expérimentation dans la cadre du projet MIRAD, site de Gotheron (Drôme).

Les poules se nourrissant de forficules, elles peuvent contribuer à réduire les populations de forficules en verger. Une expérimentation a permis de mettre en évidence une réduction significative du nombre de forficules au sol un mois après le passage des poules au verger, mais cela ne s’est pas traduit par une réduction des dégâts sur fruits. Ces résultats ont été observés sur une année seulement, l’expérimentation se poursuit.

Bibliographie utilisée

Biologie des forficules : Crumb et al. 1941, Wirth et al. 1998, Quarrell et al. 2018. Dispersion des forficules : Moerkens et al. 2010. Méthodes de lutte : Hilaire et al. 2016. Effet du travail du sol : Sharley et al. 2008, Moerkens et al. 2012, Hurth et al 2011. Retrait des forficules : Orpet et al. 2019. Piégeage au verger : Montrognon 2022 (lien).

Remerciements

La rédaction de cet article a été financée dans la cadre de l’action PRDAR de la Région Auvergne-Rhône-Alpes soutenue par le CASDAR géré par Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire.